Universidad Nacional et Colegio Monserrat
Lundi nous avons été visiter le bâtiment central du quartier de la manzana jesuitica : l'Universidad Nacional (aujourd'hui occupée par le Colegio Monserrat, l'Universidad Nacional de Cordoba UNC ayant ses facultés réparties partout dans toute la ville). Ce bâtiment abritait la toute première université d'Argentine, la deuxième d'Amérique latine, créée en 1612 par les jésuites.
La visite se fait uniquement par visite guidée. Nous étions six, avec deux brésiliennes et deux espagnols. Les photos des intérieurs étant interdites, je ne peux que vous montrer le patio central et la façade (une fois que je l'aurai photographiée, bientôt).
La visite a commencé par la salle où se décernait les diplômes, après une épreuve de deux jours avec neuf heures d'interrogatoires de la part de tous les docteurs diplômés, c'était quelque chose à l'époque ! Magnifiques boiseries et peintures murales pour cette belle pièce. Nous nous sommes assis sur les bancs pour une explication détaillée de l'histoire de Cordoba, dont je vous fais ici un résumé succint.
Jeronimo Luis de Cabrera, missioné par le vice-roi du Pérou, doit créer un chemin à travers le continent pour rejoindre la mer depuis la capitale de la région de l'époque, Tucuman (nord de l'Argentine). Ce chemin s'appelle "camino real". Il marche donc tout droit, et s'arrête au futur emplacement de Cordoba en 1573, croyant être arrivé à l'océan vu qu'une petite mer "Mar Chiquita" se situe non loin d'ici. On est cependant encore très loin de l'océan. Mais il ne veut plus repartir. Comme il désobéit aux ordres du vice-roi en s'installant à Cordoba, il sera exécuté un an plus tard. Un autre viendra continuer le camino real, jusqu'à la future Buenos Aires, qui n'existait pas encore à l'époque.
Fray Fernando de Trejo y Sanabria, fondateur de l'Université, bien qu'il soit mort avant qu'elle n'est pu être construite
En 1612 l'ordre des jésuites ("compañia de Jesus", d'où le nom de l'église accolée à l'université) arrive et décide de créer ici leur capitale, Cordoba étant située à mi-chemin de Lima et de la côte Atlantique. Etant un ordre porté sur la science et le savoir, ils fondent une université pour éduquer leurs novices à l'aide d'une importante collection de livres ramenés d'Europe, de cartes et d'autres instruments, que l'on a pu voir lors de la visite. Les novices formés ici pouvaient ensuite partir dans les missions, comme celle au sud d'Iguazu. Les estancias jésuiticas, comme celle d'Alta Gracia, servaient à alimenter cette université.
Cependant, en 1767, l'Espagne a la suite des autres pays d'Europe interdit l'ordre des jésuites, devenus trop puissants. Ils doivent donc tout abandonner et repartir en Europe. L'Université passe donc sous contrôle d'un autre ordre, les Franciscains, avant de passer après quelques années sous celui de l'Etat, et prend alors sa dénomination actuelle, Universidad Nacional de Cordoba (UNC).
Aujourd'hui Cordoba reste la ou l'une des villes les plus étudiantes d'Amérique du Sud. Elle est surnommée "la docta". Ce bâtiment a été déclaré patrimoine mondial de l'Unesco en 2000.
La visite était très instructive, la guide parlant de beaucoup de choses, nous avons notamment parlé de la crise économique mondiale, de la politique de la présidente Cristina Kirchner. Les espagnols s'exprimaient avec de grand gestes et en articulant bien, comme s'ils avaient eux aussi du mal à se faire comprendre des Argentins ; en fait cela confirme notre impression que la différence entre l'espagnol argentin et l'espagnol espagnol est aussi importante que celle entre le québecois et notre français.