Valle encantado y Villa Llanquin
Petit saut temporel avec des photos de dimanche, notre troisième jour à Bariloche, car j'ai plus envie de profiter de la bonne connexion pour vous montrer ce lieu très connu des grimpeurs : Valle Encantado, la "vallée enchantée". Elle est située à soixante kilomètres de Bariloche, dans la steppe patagonique. Nous y allons sur proposition de Lucas Rubiolo, un grimpeur du Club Andino qui travaillant en tant que médecin dans un train un peu particulier (je détaillerai un peu plus tard), était à Bariloche en même temps que nous. Comme il pleuvait à Bariloche, et que le climat de Valle Encntado est généralement plus sec et aride, nous avons décidé d'y faire le déplacement. Avec la corde et les dégaines bien sûr !
Valle Encantado fut formée par le rio Limay. Un côté de la rive est privé et en ce moment interdit aux grimpeurs pour protéger le site de l'affluence engendré par le Roc Trip. L'autre rive est accessible sans restriction.
Le site est extraordinaire, le paysage fantasmagorique : des tours et des pics de roche volcanique posées ça et là sur les pentes de la vallée. On se balade d'un bloc à l'autre pour visiter les secteurs. On commence à grimper un 6c pour s'échauffer, quand c'est au tour de Lucas une bonne pluie commence à tomber. On se réfugie dans un canyon très étroit pour grimper un 7a "Las Pelucas", magnifique, sur des colonnes telles que je n'en avais jamais vues. Mais la pluie continue, plus forte, et l'eau finit par ruisseler le long des colonnes, nous empêchant de continuer. On remonte pour grimper la seule voie au sec qui reste,,un 6c+ sur une arête, magnifique aussi. Le rocher est plein de trous à la tarnaise, avec en plus des galets façon conglomérat incrustés qui offrent d'excellents pieds.
A cette forte pluie nous devons ajouter une épaisse couche de cendres d'une éruption de l'année passée. Avec la pluie, ça fait une pâte qui colle à tout, notamment à la corde de Lucas, qui finit dans un sale état. Devant ces conditions vraiment inconfortables, et vu qu'il ne restait plus qu'un 8b+ sec et un 8a déjà pris d'asssaut par des grimpeurs de Buenos Aires, nous repartons rejoindre mes parents, qui s'impatientaient, partis plus loin dans la vallée avec la voiture et l'appareil photo. Photos pluvieuses...
Au bord de la route, un sanctuaire à un gaucho habillé en rouge, un protecteur des routards. C'est très commun de trouver des petits sanctuaires ainsi aux bords des routes. Y est associé ici la "difunta correa", mais qu'on trouve généralement seule aussi. C'est une sorte de sainte qui devait traverser le désert avec son bébé. Elle est morte de soif en chemin mais son bébé a survécu en buvant son lait. Depuis, les argentins lui laissent des bouteilles en plastique remplies d'eau sur le bord des routes pour invoquer sa protection.
Nous retournons vers Bariloche et nous arrêtons visiter Villa Llanquin, petit village dont on acccède par une passerelle pour les piétons, ou un bac pour les voitures !
Un petit village argentin typique : des maisons mal construites toutes de traviole, un terrain de foot "casero" fait avec des tuyauteries de plomberie. Vive la récup !
Retour ensuite à Bariloche, où Lucas nous montre son train où il travaille. C'est un projet de l'Etat argentin pour lutter contre les déserts médicaux. Le français, c'est 40 minutes de transport pour accéder aux soins. L'argentin, c'est 500 kilomètres sans médecin, et sans voiture. C'est le pays des inégalités : sorti des sentiers touristiques, les gens vivent encore comme les gauchos, et s'habillent d'ailleurs pareil, ce qui est assez rigolo quand ils viennent en ville. Lucas revenait d'un village à seulement 80 kilomètres de Bariloche, et raconte que les gens là-bas n'avait pas vu de médecin depuis cinq ans, avaient tous toutes les dents pourries et des carences alimentaires à cause de leur régime uniquement carnivore vu qu'il est difficile de faire pousser quelque chose dans le désert. Un autre monde !
Lucas est donc médecin dans ce train qui parcourt le pays pour offrir à ces gens un minimum de soins. Il contient des dentistes, des ophtalmos, des kinés, des nutritionnistes... Il est entièrement autonome, avec un groupe électrogène, des cuisiniers, salles de bains, salle d'opération... Ne manquent que quelques outils et médicaments, Ca reste le gouvernement argentin tout de même !
Le réseau de train en Argentine a été complétement détruit dans les années 80-90 par les politiques de l'époque, il ne reste plus que trois lignes "en fonctionnement" (un train par semaine qui roule deux fois plus lentement que le bus), dont une entre Bariloche et la côte atlantique. La gare de Bariloche quand nous arrivons est donc complétement vide, comme morte. On marche sur les rails pour prendre les photos, il n'y a personne et aucun danger puisqu'il ne circule pas de train. Assez étonnant d'imaginer une gare française d'une ville aussi importante que Toulouse complétement vide !
Même si la photo suivante a été prise le soir d'avant, un petit bond temporel en arrière permet de bien conclure ce long article : le soir où Lucas est arrivé nous avons fait de l'aligot ramené bien évidemment de France. Le plat a intrigué un catalan et un suédois qui mangeaient à côté, je n'ai donc pas pu me reservir, car ça a beaucoup plu !