Week-end à la Ola : le samedi
Ce week-end, comme de coutume, je suis allé à la Ola pour équiper et grimper avec Pablo et Luisia. Andrés soigne son genou en prévision d'un été chargé en escalade, et Emiliano a raté le bus, qui était d'ailleurs plein à craquer : les grimpeurs de Carlos Paz montés dans le bus ont fait les deux heures de voyage debout entre les allées de sièges... Pas d'inquiétude niveau sécurité de la part du chauffeur et des vendeurs de tickets !
Une fois arrivé à la Ola, nous nous dirigeons vers la quebrada du Paraiso avec Pablo et Luisia. Nous croisons sur le chemin des chèvres et sommes survolés de très très prés par un beau condor.
Nous montons le camp ; et surprise ! Pablo m'a amené une petite tente, pour moi tout seul. Le luxe ! Il me la monte juste derrière le grand dôme.
Après un bon pique-nique, je me lance sous les instructions de Pablo dans le nettoyage d'une nouvelle voie qu'il a équipé les semaines auparavant, armé d'une brosse métallique et d'une paire de gants, en descendant en rappel le long de la paroi. J'inaugure mon nouveau casque, acheté à Santiago del Chile, à un prix 2,5 fois moins élevé qu'en Argentine, et même quelques euros de moins qu'en France : le Chili dispose en effet de lois leur permettant d'importer des Etas-Unis tous les produits à faible coût, c'est donc pour les argentins le grand magasin pour le matériel d'escalade, hors de prix sinon en Argentine.
Je nettoie donc patiemment la voie, en brossant les zones où je devine des prises, pour décrocher le lichen y poussant. Ca n'a pas l'air facile, les prises sont rares et petites ; je les marque d'un peu de magnésie, car dans ces dalles, c'est très difficile de les distinguer vu leur taille microscopique.
Trois parties composent la voie : de haut en bas, une dalle très fine et en apparence difficile, une partie en mur orangé parcouru de longues et bonnes fissures, le toit, et un départ très moyen sur un rocher couvert de mousse et rendu glissant par une petite cascade à droite dont les gouttes d'eau, portées par le vent très fort, mouillent le début de voie. Heureusement, c'est la partie la plus facile.
En brossant une fissure en inversé, j'aperçois soudain du coin de l'oeil deux pattes qui sortent de la fissure. Je regarde de plus prés : c'est un oiseau mort coincé dans la fissure, dont seuls les deux pattes et la queue dépassent en dehors.
Une fois remonté et après avoir rejoint Pablo, je lui conte la chose et lui propose de fait d'appeler la voie "la tumba del pajaro", la tombe de l'oiseau, proposition retenue ! Nous allons ensuite l'essayer.
C'est très dur ! La dalle finale est extrêmement fine, les réglettes sont toutes petites et coupantes. Je propose 7c, bien tassé. Au deuxième essai je tombe une fois dans le crux, les index déjà en sang. C'est pas une voie qu'on peut beaucoup essayer... Mais que c'est beau !
Les premières escalades de nouvelles voies ainsi sont très différentes de l'escalade d'une voie déjà largement répétée : aucune prise pofée, les plus grosses cassent sous les doigts (casque requis pour l'assureur, Pablo se prend même une belle pierre sur une cheville), et il faut trouver les méthodes, sans être sûr de si ça passe. Une vraie aventure !
Nous nous dirigeons ensuite de l'autre côté, au soleil, pour essayer une nouvelle voie équipée deux semaines plus tôt, dans un mur orange encore vierge de tout équipement. Les murs oranges offrent des prises différentes : gros aplats, et cristaux de quartz. En général ce sont les meilleures.
Et cette voie se révèle une véritable perle, qui enchante Pablo, qui décide de la baptiser "Estrellita mia", ma petite étoile. Les mouvements sont juste parfaits, les prises pile au bon endroit. Je signe la première ascension à la deuxième tentative, c'est du 7a. Pablo a failli la faire juste avant moi, j'ai eu du bol !
Le soleil se couche, il est bientôt 8 heures du soir, nous remontons au campement. Nous faisons très attention à ne pas écraser les nouvelles fougèrs ("helechos") qui poussent et dont Pablo se soucie énormément.
Au campement Pablo et Luisia prépare un super repas : des pâtes avec un mélange de légumes cuits : courgette (zapallo), aubergine (berenjina), oignon (cebolla), ail (ajo), brocoli (brocoli), tomate (tomate).
Vient l'heure de se coucher, je me réfuge dans ma tente, assaillie par un vent très très fort qui fait bouger les toiles. Je dors à même le sol, ma corde en guise d'oreiller. Je m'aperçois que j'ai des coups de soleil sur les bras et le cou ; le soleil tape fort, d'autant plus qu'on est à 2000 mètres d'altitude, mais avec le vent, on ne sent pas la chaleur, je me suis fait piégé.