Week-end dans les parcs - 7 : Ischigualasto, Valle de la Luna
Nous voilà donc arrivé au parque provincial Ischigualasto, plus connu sous le nom de "Valle de la Luna", inscrit lui aussi au patrimoine mondial de l'UNESCO. Là aussi, on ne peut accéder à l'intérieur du parc qu'avec un guide.
La visite du parc ne se fait qu'en voiture : toutes les heures environ selon l'affluence, un convoi de voitures s'organise, les unes derrière les autres avec celle du guide devant. Un circuit de 40 kilomètres d'environ trois heures, avec six arrêts où nous descendons de voiture pour marcher jusqu'à une formation géologique d'intérêt, et où le guide donne les explications.
Comme nous n'avons bien évidemment pas de voiture, il nous faut trouver une qui nous hébergerait ; ce sera un couple de jeunes autrichiens, en voyage. Avant de partir, pendant notre petit-déjeuner, un jaune-gorge vient nous piquer des miettes :
L'excursion démarre donc, des dizaines de voiture à la suite les unes des autres, c'est étonnant. Le paysage est extraordinaire, un désert minéral aux multiples couleurs. Le premier arrêt s'appelle "El Gusano" (l'asticot).
Le guide insiste bien sur le fait qu'il est interdit de toucher la formation ou de s'écarter du sentier, car tout est extrêmement fragile, ça s'effrite tout seul. Il nous explique la formation des couches de sédiments et en quoi le parque Ischigualasto est exceptionnel puisque c'est le seul lieu au monde où l'on peut voir l'ensemble des couches géologiques du Trias à la surface, donc dans des conditions d'études optimales : il suffit de regarder pour les étudier.
On y trouve des fossiles coincés entre deux couches de sédiments. La partie supérieure du "gusano" est du sable aggloméré et solidifié ; le vent et le peu de pluie est la cause de la formation de ces trous si étranges.
Nous remontons dans la voiture ensuite pour continuer notre chemin un peu plus loin : le deuxième arrêt est "Valle pintado" (vallée peinte), et permet d'apprécier depuis le haut une vue incroyable sur ces paysages lunaires qui ont donné son nom au parc : Valle de la Luna.
Nous descendons ensuite à l'intérieur de cette Valle de la Luna, pour nous arrêter au troisième arrêt pour aller voir le sphynx, puis après cinq minutes de marche dans des lieux extraterrestres, la "cancha de bolas".
La "cancha de bolas" (terrain de pétanque), ce sont ces boules de pierre bien rondes amassées toutes au même endroit. Ces pierres se sont formés par sédimentation autour d'un noyau mouvant sous le vent et les marées, comme une boule de neige, les particules s'agglomérant étant magnétiques. Elles apparaissent ensuite à la surface aujourd'hui avec l'érosion du sol, le vent emportant le sable petit à petit, mettant à jour les boules, qui une fois libérées peuvent dérouler la pente de leur propre poids. C'est un phénomène très long, le guide en dix ans de visite n'a encore jamais vu de nouvelle boule rouler.
Nous retournons ensuite aux voitures et nous dirigeons vers le "submarino". Sur le chemin, nous apercevons un "guanaco", une sorte de lama qui vit dans la région. On trouve aussi des "maras", des sortes de lièvres mais qui ne ressemblent pas vraiment à des lièvres, des perroquets. Une autre planète, vous dis-je !
Le "submarino" (sous-marin), ce sont ces deux tours en équilibre. En toile de fond, les parois rouges du canyon, surréaliste...
Nous repartons ensuite pour la dernière escale, "el hongo" (le champignon).
Le guide nous explique ici que "Ischigualasto" signifie "endroit ou se pose la Lune" en quechua, autrement traduit par "terre sans vie". C'était déjà un lieu sacré pour les arborigènes des centaines d'années auparavant. C'est devenu aujourd'hui aussi un lieu très célèbre pour ses découvertes paléontologiques, qui ont toute été faites par le vent si l'on peut dire, puisque c'est uniquement avec l'érosion que les squelettes font surface. La fouille y est interdite pour préserver le lieu et n'y est de toute manière pas utile. Les fossiles découverts doivent être extraits, car ils se dégraderaient sinon très rapidement, c'est pourquoi nous n'en avons pas vu au cours de la visite.
Mais justement au retour à l'entrée du parc nous attend la visite d'un petit musée où sont présentés des pièces trouvées dans le parc ou des copies de celles-ci, puisque les plus importantes sont dans les grands muséums. Ce sont les fossiles des animaux en plastique présentés à Talampaya, et encore une fois ceux du documentaire "Sur la Terre des dinosaures" consacré au Trias. Ici, trois fossiles côte-à-côte d'un mammifère primitif, qui se seraient retrouvés pris au piège sous terre :
Là, un dinosaure prédateur qui en partant à la chasse s'embourbe dans des sables mouvants où il se fera dévorer par d'autres prédateurs.
LE dinosaure d'Ischigualasto : le plus vieux découvert jusqu'à présent, l'Eoraptor lunensis. Tout petit !
La deuxième star, l'Herrerasaurus Ischigualastensis, dont on ne possède que le crâne.
Les mêmes en plastique et en os :
Et le saurosuchus galilei, ancêtre géant du crocodile (c'est pas un dinosaure celui-là !).
Antoine ne sent pas très bien ; il a l'estomac "comme du béton" selon ses dires et a beaucoup de fièvre. Après un repas pas vraiment partagé vu qu'il ne mange pas grand-chose, il va se coucher devant une télé dans l'office du parc pendant que je vais quêter auprès des touristes deux places vers la route où passe un bus pour Patquia, village duquel nous pourrions retourner à Cordoba.
Malheureusement, ce n'est pas facile ; beaucoup sont venus en famille avec les voitures pleines, certains trouvent des excuses bidons pour ne pas nous prendre, et les autres vont dans la mauvaise direction.
Finalement ce sera Antoine qui du fond de son canapé entendra que deux touristes se dirigent vers les Baldecitos, d'où nous venions ce matin, et ils ont accepté de nous y remmener.
Une fois de nouveau lâché sur le bord de la route, nous avançons dans la direction de Patquia, situé soixante-dix kilomètres plus loin, en tendant le pouce quand des voitures passent. Un couple de Porteños (habitants de Buenos Aires) nous prendra finalement pour nous amener jusque Patquia.
Au terminal de Patquia nous nous rendons au guichet pour acheter nos "boletos" pour le prochain bus pour Cordoba, vingt minutes plus tard. Il nous manque 150 pesos en liquide pour prendre le ticket ; nous demandons le paiement par carte. Ils ne le font pas. On demande le distributeur le plus proche. Il n'y en pas de toute la ville... Le plus proche est à La Rioja, 75 kilomètres plus loin. Nous sommes donc forcés de prendre des billets pour aller à la Rioja, où nous prendrons un billet pour Cordoba, sachant que le bus repassera par Patquia, grrrr. Heureusement qu'on avait tout de même de quoi acheter ces billets là, car sinon je ne sais pas comment on fait dans une ville pareille !
A la Rioja, nous nous sommes faits peur avec des petits soucis avec les machines à carte bancaire des entreprises de bus, et des bus quasiment tous complets pour Cordoba (il n'en restait qu'un avec quelques sièges) mais nous obtenons finalement enfin un billet de retour, minuit-6h du matin. Retour vraiment dur avec ces histoires et Antoine complétement à plat.
En attendant le bus, je vais voir de plus prés un mur d'escalade que j'avais aperçu à l'aller. C'est tout petit ! Je n'ai pas pu voir de trop prés trop longtemps car il y avait une bande de chien qui m'ont couru après.
A Cordoba, il pleuvait (en fait il a plus les trois jours du long week-end, on a bien fait de partir !), ce qui rajoute encore une couche à notre retour déjà bien compliqué. Mais ça valait vraiment, vraiment, vraiment le coup !
L'ensemble des photos de ce dernier jour.
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