Week-end escalade et équipement à "El Paraiso"
Le lendemain du match de foot, lever à 6h15 pour prendre le colectivo pour La Ola où nous allions passer le week-end en dormant en tente pour équiper et grimper les voies du secteur de "El Paraiso" (le Paradis), très majoritairement ouvert l'année dernière par Pablo Lloveras. Nous sommes donc quatre grimpeurs : Emiliano, Andrés, Pablo et moi-même, rejoint en cours de journée par Luisia et son appareil photo.
Nous commençons par monter la tente, puis à prendre un bon repas à l'intérieur. Dehors, le vent souffle fort et le soleil reste caché derrière les nuages, il fait froid !
Nous partons ensuite descendre en rappel dans la gorge pour accéder au pied des voies. Pablo avait proposé à Andrés et Emiliano d'équiper cette paroi de laquelle nous descendons en rappel, mais la quantité de mousse et de lichen leur fera préférer chercher une autre paroi à équiper.
Pendant que Andrés et Emiliano partent donc à la recherche d'une paroi à leur convenance, nous remontons avec Pablo le fond de la gorge, pensant devant chaque paroi aux futures lignes qui pourraient s'y équiper, jusqu'à arriver au secteur concentrant le plus de voies. Ici Pablo avait organisé il y a neuf mois un festival d'escalade pour faire découvrir aux grimpeurs de Cordoba les dizaines de nouvelles voies qu'il avait équipées. Notre mission de cet après-midi est de faire les premières ascensions de celles qui sont restées à l'état de projet, pour y mettre une cotation en vue de la conception prochaine d'un topo.
Nous commençons en nous échauffant dans une voie magnifique, "El divertido tenebrito", 6b+, sur ce rocher si particulier en granite rouge-orangé et sculpté de grands trous. On grimpe sur des cornes, des grands plats, avec ce paysage de gorges verticales emplies de fougères et où coule un ruisseau, digne de Jurassic Park, c'est superbe.
Ensuite juste à la droite de cette voie se trouve une voie en deux longueurs, dont la deuxième n'a encore jamais été enchaînée. La première est encore plus belle que "El divertido tenebrito" et cote 6c+. La deuxième démarre par un rétablissement à passer où le caillou change de nature : on passe de ce granite orangé en aplat au granite ultra-abrasif plein de petits cristaux. Aucune marque de pof, vu que la voie n'a encore jamais été enchaînée. Il faut réussir à trouver le micro-cristal à arquer pour pouvoir passer le réta. Après de nombreux essais, je jette l'éponge, je ne trouve rien. Pablo s'élance alors, et à ma grande surprise passe le réta sans soucis, mais s'arrête ensuite, fatigué. Il marque de pof les cristaux à prendre, et une fois en bas m'explique la séquence. Je repars donc et enchaîne la voie, signant la première ascension, que je propose à 7b.
Nous allons ensuite vers une autre voie qui reste en projet, sur une proue, "Fish and grips". Une voie étrange en trois sections, la première sur fissures, la deuxième en dévers très physique, la troisième en dalle super-technique. J'ai la surprise de découvrir une prise taillée dans la dalle ; Pablo s'est permis de la faire "pour que la voie soit possible". La seule prise taillée qu'il ait faite, la deuxième que je rencontre à la Ola, prises sikatées de Psikasis exceptées.
Nous sortons tous les pas, mais la tombée du jour et le froid nous empêche de faire un deuxième essai pour libérer la voie, ça attendra demain. Je l'ai ressenti 7b+, à confirmer.
Pendant ce temps là, Andrés et Emiliano ont placé un relais et un point pour descendre en rappel dans une voie qui s'est révélée extrême : une dalle toute lisse. Cette paroi les avait attiré pour son absence de lichen et de mousse ; en effet, elle est tellement lisse que même la mousse ne peut y pousser. Pablo n'était donc pas très content de voir trois trous percés pour rien dans la paroi. Pas si facile de devenir équipeur du jour au lendemain !... Le principe est extrêmement simple, mais la pratique demande une somme de facteurs à prendre en compte, qui s'acquièrent avec l'expérience.
Nous rentrons à la tente pour goûter, discuter des grimpeurs célèbres (Patrick Edlinger et Alain Robert notamment !), puis préparer un plat de pâtes tous les cinq dans la tente, plus ou moins à l'abri du froid et d'un fort vent. Nous nous couchons enfin, au milieu de cordes, spits, matos de grimpe et de cuisine. J'ai étonnament passé une excellente nuit.
Le lendemain matin le temps n'est pas plus beau et pas plus chaud. Après un bon petit-déjeuner nous repartons comme hier en deux cordées : une d'équipement et une de libération de projets.
Cette fois-ci Andrés et Emiliano s'orientent sur une paroi où des lignes ont déjà été équipées, et démarrent l'équipement de deux voies côte-à-côte au relais commun, suivant deux fissures verticales.
Nous nous élançons avec Pablo dans une autre voie en projet non-enchaînée, que des grimpeurs avaient annoncé autour de 8a lors du festival. Après avoir corrigé le placement des derniers points dans la deuxième longueur au niveau du crux, nous pouvons nous élancer. La voie est une succession de blocs entrecoupés de repos totaux : un bloc de dalle, un bloc de dévers, et le bloc final sur petites arquées. Je trouve les méthodes, puis Pablo tente, mais ça ne passe pas pour lui, la voie ne lui convient pas. Je sors la voie à l'essai suivant, signant une fois de plus une première ascension, que je propose à 7b+ !
Ensuite, Andrés ayant terminé sa voie, je pars l'essayer. Elle est magnifique ! On remonte des fissures verticales très bonnes, un vrai plaisir. Mais il faut encore la grimper pour nettoyer le caillou, pas mal de petits cailloux tombent sous les pieds ou les mains. Je propose 6b+.
La voie d'Emiliano pose beaucoup plus de problème : ni Andrés ni Emiliano, qui essayent la ligne en moulinette, ne peuvent monter, la ligne leur paraît impossible. Je m'élance donc avec une brosse pour voir si ça peut s'équiper. La voie est encore plus belle, c'est une fissure verticaile à peine esquissée qu'il faut remonter longuement en restant très concentré sur les pieds et les mains, une voie soutenue de résistance et homogène dans la cotation, ce qui est très rare ici ! Ce serait au moins 7b. Nous décidons donc de fait que la semaine prochaine je remonterai la ligne en moulinette en indiquant l'emplacement des points à placer pour qu'Emiliano puisse les mettre. J'obtiendrai donc ainsi mon nom dans la topo avec cette voie que nous baptiserions "la franco-argentina", coéquipée par Emiliano MERINO et Rémi LEMETTRE !
Nous repartons ensuite par le bus, après un bon goûter constitué d'un bon pain cuisiné par Andrés et de queso mantecoso, un fromage pâteux et crémeux qui fait penser à de la vache qui rit, mais en plus solide.