Nouveau week-end à la Ola : équipement, escalade et rallye automobile !
Ce matin nous nous levons tôt avec Andrés (7h40) pour équiper la ligne découverte et essayée la semaine passée avec Emiliano. Après un solide petit-déjeuner, nous descendons dans le canyon. Je monte mettre la corde en moulinette dans le relais de la future voie, commun à celui de la voie équipée la semaine dernière par Andrés, signant au passage la première ascension de cette magnifique voie qui remonte de bonnes fissures verticales, en 6b+ environ. Une fois en haut, je fais tomber à coups de marteau une énorme pierre qui menaçait de tomber pour sécuriser le haut de la voie. En descendant ensuite en moulinette, je marque de pof l'emplacement des points, chacun longuement discuté avec Andrés qui m'assure en bas. Tout un art ! Il faut que le clippage soit aisé depuis de bonnes prises (mais quand il n'y en a pas ?), que la chute ne soit pas dangereuse (pas trop d'éloignement et surtout pas de retour possible sur une plateforme en contrebas), le tout en restant dans une ligne la plus droite possible pour limiter le frottement de la corde. Je place un friend au passage dans la fissure pour rester dans l'axe lors de la descente. Une fois en bas je remonte par la voie d'Andrés pour recommencer une descente en moulinette, avec cette fois-ci la perceuse, les points, le marteau, la clé et la brosse, hissés à la corde une fois en haut. Je démarre ensuite l'équipement en descendant :
Etape 1 : taper au marteau l'emplacement décidé pour vérifier la solidité de la roche.
Etape 2 : percer un trou ! C'est de loin l'étape la plus délicate, il faut garder l'équilibre pour pouvoir appuyer sur la perceuse, très lourde. Une fausse manipulation et on peut vite casser la mèche...
Etape 3 : Placer le point, constituté d'un "parabolt" (longue vis) et d'une "chapa" (le spit): on enfonce à coups de marteaux le parabolt dans le trou, et on finit en vissant l'écrou pour bloquer la "chapa" contre la roche.
Etape 4 : On place une dégaine dans ce point tout neuf, et on continue la descente au point suivant !
J'essaye ensuite la voie, mais je tombe au deuxième point, juste avant de rejoindre la fissure verticale qu'il faut remonter plus ou moins en dülfer, les pieds en adhérence. C'est physique, ça demande de la précision et de la concentration, de la résistance. Je l'estime à 7b+. Quelle belle voie ! La plus belle du monde ! Une ligne repérée par Pablo, nettoyée par Emiliano, les mouvements faits en moulinette par Rémi, puis équipée par Rémi, avec des points gagnés et offerts par le français Baptiste Nomine, assuré et conseillé par Andrés. Et bientôt la première ascension par Rémi aussi...
Nous plions ensuite bagage, et nous arrêtons manger en chemin. Au dessert, du "queso y dulce de membrillo", de la pâte de coing sur une tranche de fromage, un bon mélange. C'est un dessert traditionnel en Argentine et proposé en restaurant, j'avais déjà pu en faire l'expérience, mais avec du "dulce de batata", de la pâte de patate douce. Nous convenons d'un meilleur nom pour ma voie, que je pensais appeler "la franco-argentina" : Andrés propose "Laguiole, maté y queso" : "laguiole" pour le côté français, "maté" pour l'argentin, et "queso" (fromage) car on en trouve dans les deux pays. Et du fromage, coupé avec mon laguiole en buvant du maté, c'est nos repas ici dans les montagnes !
Il est deux heures quand nous retrouvons la route. Andrés doit rentrer peindre sa maison, et Pablo a du travail aussi. Je les quitte donc et vais rejoindre des grimpeurs au secteur de "la Olita", où j'avais fait le 8a "Psikasis" deux semaines auparavant. Ce sont des grimpeurs de Carlos Paz, accompagné de Denis, du CAC, avec qui j'ai fait de bonnes séances de bloc et que je retouve avec un grand plaisir partagé. Il essayait "Psikasis", mais n'a pas fait plus qu'un essai cette journée, sans aucun échauffement. Je goûte sa délicieuse salade de fruit pour reprendre des forces avant de re-grimper. Il est génial ce Denis !
Je me réchauffe dans "Empanadas frias", 6c.
Puis je m'attaque, assuré par Denis, dans une voie historique dans le développement de l'escalade argentine, la célèbrissime "En el sur esta el jolgorio", 7c+, dont on m'avait beaucoup parlé. Une voie de 25 mètres qui démarre par le 7a "la cueva del oso", réalisé la dernière fois, puis traverse en diagonale la falaise. C'est une voie MA-GNI-FIQUE, sur un rocher cinq étoiles, plein de quartz brillant. Le crux (où se concentre toute la difficulté, c'est une voie bloc) se situe dans la traversée de la plaque déversante, avec les pieds au-dessus de la tête, un bi-doigt dans la main, c'est très original. Et ensuite des inversées extraordinaires, trop beau.
Je la sors au premier essai, heureux de cette belle escalade, et largement encouragé par un public enthousiaste et nombreux. Toujours cette réputation de grimpeur français à défendre, je n'ai pas déçu je crois bien ce coup-ci !
Nous rangeons ensuite les affaires et retournons à la route. Je vais profiter de la voiture de Denis pour rentrer à Cordoba. C'est une Fiat 147, surnommée "la furia roja" : la furie rouge. Une toute petite voiture quatre places avec comme d'habitude chez Fiat le strict strict minimum. Autant dire qu'à quatre dedans, avec de grands sacs, c'était rempli jusqu'au plafond, d'autant plus que la voiture roule au GNC ("gaz natural comprimido"), très répandu en Argentine.
Commence alors un voyage épique vers Cordoba...
La voiture démarre difficilement, et peine à prendre de la vitesse. Dans du plat, ça roule à 80 km/h, on descend vite à 50 dans les côtes. Dans les descentes, le 110, mais la voiture commence alors à vibrer très fort. La voiture ne tient pas la route ; au moindre petit virage on a l'impression qu'elle va déraper et sortir du décor. Quand il passe du gaz à l'essence, ça soubresaute fort pendant une minute. Denis et les deux autres grimpeurs s'amusent de me voir aggripé au sac, terrifié. Denis veut alors me montrer qu'on peut rouler capot ouvert : il dévérouille le capot, qui s'ouvre du fait de la vitesse. Kike doit alors ouvrir sa fenêtre, tendre le bras pour le refermer. Mais vu qu'il n'y parvient pas, il tient le volant pour que ce soit Denis qui ouvre sa fenêtre et ferme son capot. Le tout de nuit dans les virages, avec des camions en face... Denis me rassure en me disant que les pneus arrières sont dégonflés pour mieux tenir la route dans les virages...
Après ce rallye, nous nous arrêtons à Carlos Paz manger les meilleurs hamburguesas de Cordoba. Pour 3,30 €, un hamburger à l'argentine : un pain style kébab, de l'omelette et de la mayonnaise, une recette étonnante mais délicieuse.
Denis me ramène chez moi, et ainsi s'achève donc cette folle journée de ce nouveau week-end d'aventure en Argentine !