Compétition de bloc à Carlos Paz
Ce week-end, après mon rachat de téléphone, était au programme une compétition de bloc organisée par un club d'escalade de Carlos Paz, puis la nuit bivouac dans les Sierras de Cordoba ou dans la salle d'escalade, pour pouvoir enchaîner facilement le dimanche par une journée de grimpe autour de la Ola, ou je dois retrouver Pablo, qui a ouvert de nombreuses voies dans ce coin-là et voulait me les montrer. Un grimpeur français, c'est recherché !
Départ donc à 13h30 pour Carlos Paz depuis la Nueva Terminal de Omnibuses de Cordoba, avec Andres et Emiliano.
Carlos Paz est une ville de la banlieue de Cordoba, située à une quarantaine de kilomètres à l'Ouest vers les montagnes, près d'un grand lac. C'est la ville de vacances des Cordobeses, on y trouve donc beaucoup d'hôtels, de théâtres, de casinos, cinémas, galeries commerciales... D'après un des guides d'Antoine, ce serait "le Las Vegas de Cordoba". Pourquoi pas...
Après une heure de bus et un petit quart d'heure de marche, nous arrivons à la salle de bloc "Bloque" qui organise donc aujourd'hui la troisième étape de "Called to Block", le Championnat Provincial d'escalade de Cordoba 2012, l'équivalent en quelque sorte de notre ancienne Coupe Midi-Pyrénées de bloc.
Beaucoup de grimpeurs et de clubs ont fait le déplacement, avec notamment en plus des clubs autour de Cordoba le club de San Luis (400 km de Cordoba), le club de San Juan (600 km), le club de Salta (850 km). L'Argentine, c'est cinq fois la France, mais ça ne les empêche pas de penser que leur pays est cinq fois plus petit et donc de faire beaucoup plus de kilomètres sans soucis. La délégation du Club Andino Cordoba est composée (de gauche à droite) de Andres, Emiliano, le jeune dont je ne me souviens pas le nom, deux filles dont je ne sais plus le nom non plus, et moi-même. Les plus forts du club ne sont pas présents ou font partie de l'organisation.
Première surprise en entrant dans le local : c'est minuscule, et c'est bondé. Bien plus de spectateurs que de grimpeurs gesticulent, crient, boient du maté, cuisent des empanadas dans l'entrée, prennent des photos, avec une musique tonitruante et le tout dans un grand nuage de pof, ventilé par deux gros ventilateurs.
La salle est vraiment minuscule ; les parois doivent faire 2,50 mètres de haut, et il n'y en a pas beaucoup : un côté de léger dévers, un toit au fond, des dalles de l'autre côté. Dans le fond de la salle, dans une autre pièce, un panneau de bois incliné fait office de pan avec collé sur le côté un stand de fabricant de prises local, Stone Monkey.
Il existe sept catégories : trois d'enfants, et quatre chez les séniors : "Promocionales" homme et femme, et "Mayores" homme et femme, la différence entre les deux se faisant par le niveau : jusque 7a pour les Promocionales, 7a et plus pour les Mayores. Nous serons les deux seuls avec Andre du CAC à s'inscrire dans la catégorie Mayores. 21 participants chez les Mayores Hommes, autant pour les Promocionales Hommes, et nettement moins pour les autre catégories. Ca fait quand même pas mal de monde !
La compétition se déroule catégorie par catégorie, avec un créneau d'une heure trente de grimpe pendant lesquels il faut réaliser le plus de blocs possibles parmi les 21 proposés, avec quatre essais par bloc seulement. Le décompte des points à l'issue de ce contest est simplement fait en additionnant : 150 pour un bloc du premier essai, 75 au deuxième, 40 au troisième et 20 au quatrième. Suivront ensuite pour les six premiers les phases finales pour la catégorie Mayores Hommes, qui passe donc en dernier, c'est-à-dire à 19h30. C'est les horaires argentines ! Nous avons donc eu le temps de nous balader dans Carlos Paz, et de discuter longuement avec les grimpeurs présents. Je retrouve notamment Diego, avec qui j'avais grimpé le week-end dernier.
A 19h30 donc, je commence enfin la compétition, déjà bien abruti par les heures passées à côté de ce brouhaha. Vu le réglement, il faut être très concentré pour sortir les blocs à vue, et faire attention à ne pas faire trop la queue, car une heure trente, ça passe très vite !
Les blocs, comme on peut s'y attendre vu la hauteur de plafond, sont vraiment très blocs : trois à cinq mouvements maximum, avec souvent un petit dynamique ou un final dans un plat glissant de la structure en bois. L'ouverture est extrêmement basique, ça monte le plus souvent tout droit en échelle pied des mains en se jetant de prises en prises, avec des chagements de main. En même temps en quatre mouvements on peut pas aller bien loin. Les blocs sont matérialisés par des scotchs de couleur, et toutes les prises sur le mur servent au moins pour deux blocs. Les plus originaux sont un bloc où il faut teminer collé au plafond, les deux mains dessus pour valider et un autre où il fallait monter jusqu'en haut grâce à une "fissure" entre deux pans, j'ai fait un Dülfer très horizontal, c'était court mais violent.
Un réglement très étonnant, une grimpe encore plus bizarre, ce serait vraiment impensable en France de faire 850 kilomètres pour aller faire de l'escalade dans une salle aussi minable sur des blocs encore plus pourris !
Je grimpe plutôt bien, en évitant bien la queue. Pas mal de blocs sont assez difficiles et demandent beaucoup d'attention pour les faire au premier essai. Au bout des 1h30, j'ai sorti 16 des 21 blocs proposés, certains au deuxième essai, un jeté au quatrième. Pas eu le temps d'essayer les cinq autres ! Je suis bien échauffé, pas du tout entamé, mais il faut déjà arrêter...
A l'issue de contest, je termine 5ème sur les 21 participants, je suis donc qualifié pour les phases finales. Une fois de plus, mon origine française me vaut les honneurs du public et l'attention des grimpeurs.
Petit aperçu des autres finalistes :
Les phases finales, c'est une "demi-finale" avec un bloc à vue avec un essai (!!!!!), puis les quatre premiers sont qualifiés pour la finale, avec un autre essai dans un autre bloc à vue, puis la super-finale entre les trois premiers sur un dernier bloc à vue, toujours avec qu'un seul essai.
Je me fais éliminer dès le premier tour dans un bloc dans le toit super bourrin. Un essai, c'est vraiment vite fait, ça a duré 10 secondes... Le public, qui attendait le "mutant français", a dû être déçu ! Mais malgré qu'il n'y ait qu'un seul essai par compétiteur, ce n'est pas pour autant que ça se passe vite, le temps que les finalistes se la pètent, que les ouvreurs désignent les prises des blocs, que ça réclame à cause des innombrables interdits...
Enfin donc arrivent les podiums. Julian est sur celui des Promocionales, une des filles du CAC est sur l'autre des Promocionales. Je termine donc moi sixième des Mayores, et pour Andreset Emiliano on ne saura pas, faudra attendre sur internet quand on n'est pas sur le podium ou en finale.
Une fois tout ce petit monde reparti, nous restons le CAC et d'autres grimpeurs venus de loin pour dormir dans la salle, vu que le dernier bus pour les montagnes partaient à 20h. Nous allons commander des pizzas à 4,3 €, mangées avec des sodas dans la salle.
A 2h du matin, je pars dormir dans mon sac de couchage dans la salle du fond, crevé par cette hallucinante journée très intense en espagnol. Les autres continuent à discuter et à boire du maté. Le lendemain, il faut être reparti pour prendre le bus de 7h30, courte nuit en perspective !