3ème jour dans les Gigantes
Lundi matin, après une nuit un peu plus confortable, m'ayant vêtu pour la nuit de deux pantalons, deux t-shirts, un pull, dans un sac de couchage recouvert d'une couverture trouvée dans un coin du refuge, je prépare mes gros sacs pour le retour.
Aujourd'hui je pars grimper avec Pablo Lloveras, avec qui j'avais été la semaine dernière grimper et me balader aux falaises de la Ola. Objectif : une voie dont plusieurs grimpeurs m'avaient parlé, me recommandant de la grimper, "los Peabuchitos", en deux longueurs, 6b puis 7c. Elle a été équipée en 1994 par Pablo lui-même, aidé d'autres grimpeurs, puis rééquipée en 2005 par Roque Avaca, entre autres.
Je me balade donc dans les voies historiques de l'escalade argentine, pour preuve cet article issu du site du Club Andino Cordoba publié en 2004 et qui liste toute les voies historiques qui ont marqué l'évolution de l'escalade en Argentine, j'en ai déjà essayé trois (Los deapuchitos, La naranja mecanica, En el oeste esta el agite). "En el sur esta el joglorio" est située dans un site voisin de la Ola, j'irai donc la faire très probablement aussi.
Club Andino Cordoba " Evolucion de la Escalada Deportiva
En esta sección vamos a llevar detalladamente las vías deportivas más difíciles de la Argentina y Chile y sus sucesivos encadenamientos. Para abrir el fuego comenzamos con algunos 7c muy li...
Après une petite heure de marche, nous atteignons le pied du Cerro de la Cruz, la falaise la plus haute des Gigantes, où les voies font deux ou trois longueurs de 40 à 45 mètres. C'est de la dalle positive toute en adhérence, sauf dans la partie orangée sur la face droite du dièdre qui est en léger dévers, et dans laquelle on trouve la fameuse deuxième longueur des Deapuchitos, à 40 mètres du sol. Nous allons d'abord grimper une voie à côté pour rejoindre le relais du 7c et ainsi l'équiper en descendant en rappel.
Je remercie donc tout particulièrement Karl pour ses manips de corde lors du stage initiateur, pour cette grande voie elles m'ont été particulièrement utiles ! Nous démarrons l'escalade par "Espolon", 6a, pour rejoindre le dièdre. La deuxième longueur se fait dans le dièdre sur anciens pitons très espacés, heureusement que l'escalade est facile, il fallait engager ! La fin de cette deuxième longueur rejoint le relais du 7c des Deapuchitos. Nous descendons alors en rappel la voie pour placer les dégaines, et rajouter un spit sur une vis qui avait été enlevée lors du rééquipement, pour une raison obscure (Pablo m'a dit "porque son idiotas"). J'ai donc eu l'honneur de fixer un spit dans une voie, et en deuxième longueur !
Au relais du bas, j'attaque donc la longueur en 7c. Je tombe deux fois, une fois au milieu à cause d'une zipette, et une fois au crux final. La voie est magnifique, en léger dévers sur mur orangé avec des réglettes coupantes, plates, verticales et horizontales, où on arque fort en on talonne tout autant, c'est une voie de résistance. Et à 40 mètres du sol, en deuxième longueur, c'est une ambiance incroyable : le vide, la montagne, magique ! L'équipement est rassurant, pas d'engagement important.
Une fois que Pablo m'a rejoint, nous terminons la troisième longueur en 5 pour rejoindre le sommet du Cerro de la cruz, où nous trouvons un groupe de randonneurs qui est monté par l'autre côté.
Pour rejoindre le sol nous descendons en trois rappels, puis nous remettons les sacs sur les épaules et commencons les deux heures de randonnée nécessaires pour rejoindre la voiture.
Une dernière épreuve nous attend : passer par le "péage" imposé par un vieux monsieur voleur, qui ne possède qu'un bout de terrain au pied des Gigantes mais en fait payer illégalement sa traversée. Il vient parfois piquer les affaires laissées au pied des voies par les grimpeurs pour exiger rançon une fois redescendus. Il a aussi le mois précédent tiré au fusil sur un père et son fils qui avaient contourné le péage.
Effectivement le monsieur n'est vraiment vraiment pas sympathique. Pablo fait semblant d'être étranger et de ne pas comprendre, mais le monsieur se rappelle de lui ! Nous payons tout de même que 20 pesos (3,5 €) pour un jour, au lieu de trois pour moi normalement. Sur le registre Pablo écrit que je suis "Rémis Lestang", de toute manière ce registre ne sert qu'à justifier un minimum ce péage.
Une fois de retour à la voiture, sur un parking tenu par une autre famille beaucoup plus sympathique et commerçante, nous achetons des alfajores pour compléter notre repas, et j'achète du miel, du dulce de leche au chocolat et un pot de confiture de fraise, en espérant que cette confiture artisanale soit meilleure que celle vendue au supermarché, qui n'a absolument aucun goût. Dans le petit restaurant-magasin est placardé des cartes des Malouines. On trouve aussi de temps en temps sur la route des panneaux et des affiches proclamant que les Malouines sont argentines, c'est vraiment un sujet d'actualité et très sensible ici !
Le week-end prochain nous allons à un autre secteur tout nouveau plus proche de Cordoba pour équiper de nouvelles voies et faire des premières ascencions, waow !