5ème étape de "Called to block" en falaise
Samedi avait lieu l'avant-dernière étape du circuit de compétitions de bloc provincial, cette fois-ci en falaise, à cinq-dix kilomètres de La Ola, sur un nouveau secteur ouvert pour l'occasion.
Nous prenons le bus depuis le terminal et descendons à l'arrêt "Rio de los Sauces", c'est-à-dire "rivière des saules pleureurs". Effectivement, nous longeons la rivière, puis la traversons, en suivant un parcours balisé par le logo du club organisateur de cette 5ème étape, le CEC, "Communidad de Escaladores Cordobeses". Un porteño (habitant de Buenos Aires) nous suit ; il n'a pas hésité à faire 800 kilomètres pour passer le week-end ici !
Arrivé au camp de base nous nous baladons pour voir les blocs proposés, marqués par une petite fiche dont la couleur indique la difficulté et le numéro du bloc pour le comptabiliser. Il y a 21 blocs à réaliser.
Les "juveniles" terminent leur compétition, parés et suivis par de nombreux spectateurs.
Je retrouve les grimpeurs de Positive Vibrations, dont le co-gérant me raconte qu'une partie de son mur s'est effondré. Avec les fortes pluies de la semaine dernière, la salle étant en bas d'une pente, et le système d'évacuation d'eau de pluie de Cordoba et Carlos Paz n'étant pas vraiment au point (voire pas du tout), un gros torrent s'est formé et a emporté un pan du mur. Quand je me rappelle les fixations du pan, que j'avais prises en photos, je ne suis qu'à moitié étonné. Heureusement qu'il n'y avait personne dessous à ce moment-là.
Du coup il est en train de chercher un nouveau local pour accueillir le mur, beaucoup de travail en perspective...
De retour au camp de base pour manger, j'entends parler français, mais avec un drôle d'accent. Non, je ne rêve pas, ce sont des suisses francophones !
Ils sont en voyage pour quelques mois en Argentine ; ils sont arrivés depuis deux semaines, sont allés directement à Cordoba et depuis grimpent et campent à la Ola, heureux comme moi de découvrir ce granite aux formes si étonnantes. Des grimpeurs leur ayant parlé de cette compétition, ils sont venus y participer.
Je suis content d'enfin trouver des gens qui comprennent tout de suite ma réponse à la question "Comment tu t'appelles ?". C'est que le prénom "Rémi" n'existe pas en Argentine, et le mot "remis" désigne les taxis, j'ai donc chaque fois besoin de quelques explications et mises au point pour faire comprendre mon prénom, toujours mal prononcé, le "r" français n'existant pas. Et ne parlons pas de "Lemettre"... J'ai d'ailleurs eu droit sur ma fiche pour marquer les blocs au prénom "Remis", et une fois Pablo m'a appelé en s'étant trompé dans son répertoire, il voulait commander un taxi...
Nous discutons donc en français en attendant le début de la compétition, sous un soleil qui tape fort. Lorsque le départ est lancé, on charge les crash-pads ou les simples matelas sur le dos et on part à l'assaut des blocs, dans des styles variés.
Aujourd'hui aussi les essais sont limités : pas plus de quatre par blocs. En falaise, c'est encore plus dur, il y a une sacrée pression à chaque essai, même dans les faciles.
Andrés marche pied nu sur un petit cactus : il a plein de grosses épines dans le pied, douloureuses à retirer. Ca c'est un problème qu'on n'a pas chez nous !
Je sors la majorité des blocs du premier essai. Seul un me résiste ; mais à la fin de la compétition, je n'ai pas eu le temps de tout essayer ; il me manque cinq ou six blocs (sur 21) dont cinq très faciles et un qui ne sera jamais sorti ; blocs que j'avais sauté au début à cause de la queue, et je n'ai pas eu l'occasion d'y retourner. Vu que tout les blocs valent le même nombre de points, ça pénalise pas mal. Mais à part les grimpeurs du podium, tout le monde est dans le même cas que moi : il faut dire qu'on ne peut pas se balader comme on veut d'un bloc à l'autre puisqu'il faut se déplacer en groupe avec des crash-pads et des pareurs, et prendre du temps pour parer les autres. L'ambiance compétition se fait donc moins sentir et on prend plus plaisir à grimper et à partager les méthodes qu'à courir sortir les blocs.
José, instructeur d'escalade au CAC, à l'oeuvre dans le bloc qui m'a résisté : difficile de remonter sur son inversée main gauche pour aller chercher si loin main droite... Les deux pareurs ont fait podium.
Le bloc que j'ai préféré : super super haut, super long, avec un départ difficile, et une suite plus tranquille. Faut engager la salade ! Ce grimpeur complète le podium.
Les cordobeses aussi serrent fort les prises : la preuve avec ces belles traces de sang sur ces prises, à prendre en plat pour remonter une arête.
Les fiches récupérées, nous continuons à grimper pour sortir les blocs qui nous manquaient. Nous concentrons nos efforts et quasiment tous les crash-pads sur ce projet, qui restera en projet :
Nous retournons sur les injonctions des organisateurs au camp de base pour la remise des prix. Pas de surprise, ce sont les mêmes que d'habitude. La suite du classement reste inconnue et ne sera publiée que dans quelques semaines sur facebook. Je ne sais donc pas combien je termine, et ne suis pas prés de le savoir puisque le classement de l'étape précédente à Positive Vibrations n'a toujours pas été publié non plus, ils ne sont pas pressés...
On repart ensuite tous en un convoi de matelas et de crash-pad vers la route. On s'arrête devant un bloc très attirant, ouvert les années auparavant, qui remonte une fissure dans une dalle déversante. Il faut compresser, puis coincer les doigts dans la fissure et remonter ainsi.
Ca ne sort pas non plus aujourd'hui, mais je suis celui qui monte le plus haut. A chaque méthode trouvée il faut deviner la suivante, et pour y remonter faut se refaire tout depuis le bas, difficile !
Au parking, c'est le casse-tête : comment faire rentrer tous les sacs, les crash-pads et les grimpeurs dans les voitures ? Je laisse mon sac dans une voiture remplie à ras bord, et nous passons un bon quart d'heure à tenter de rentrer dans une autre, avant finalement d'accrocher avec des sangles un crash sur le toit. Tout cela pour parcourir les six kilomètres jusque la Ola, où nous allons passer la nuit pour grimper le lendemain.
La suite de ce week-end dans l'article suivant !
